1. CONTEXTE ET JUSTIFICATION

En 2015, l’annuaire statistique de la Direction Générale des Etudes et des Statistiques Sectorielles du Ministère de la santé ont dénombré près de 1960 cas d’avortement clandestins. Ce taux élevé est dû au fait qu’a l’heure actuelle, l’avortement est encore un acte mal-vu, caché et de nombreux mythes circulent autour de l’Interruption Volontaire de la Grossesse (l’IVG). Ces fausses idées, telles que « l’avortement rend infertile » ou encore « les grossesses non désirées et les IVG concernent surtout les jeunes filles », sont véhiculées par les adversaires du libre choix et participent à la stigmatisation de l’avortement. Cette stigmatisation entraine chez les femmes ayant avorté un sentiment de culpabilité, de honte. L’isolement par peur du regard des autres et le fait de garder le silence sur leur avortement sont d’autres conséquences de cette stigmatisation.  La  stigmatisation est  une des causes de la pratique d’avortement clandestins avec comme conséquences  les hémorragies, les  infections gaves   qui entrainent la mort  ou la stérilité des femmes et filles victimes. Dans le but de participer à la réduction de cette stigmatisation à l’endroit des personnes qui ont subi des avortements,  La Communauté d’Action pour la Promotion de la Santé Sexuelle et Reproductive au Burkina Faso (CAPSSR-BF) prévoit former ses champions sur le thème suivant : comment réduire la stigmatisation face aux cas d’avortements ?

En effet, la CAPSSR-BF qui  s’est donnée pour vision « la construction d’une société dans  laquelle les femmes et les hommes jouissent  équitablement de leurs  droits en matière de  santé sexuelle et reproductive »,  a pour  mission  de « Contribuer à l’amélioration de la santé sexuelle et reproductive à travers la lutte contre les violences basées sur le genre et l’effectivité de l’avortement dans les cas et conditions prévus par la loi ».  Cette formation rentre dans le cadre des objectifs qu’elle vise qui sont entre autres de :

  • Promouvoir les droits en matière de SSR ;
  • Contribuer à améliorer le cadre juridique relatif à la SSR ;
  • Contribuer à améliorer le cadre juridique relatif à l’avortement ;
  • Contribuer à l’effectivité de l’accès à l’avortement
  • Contribuer à éliminer les différentes formes de violences basées sur le genre ;
  • Influencer les politiques nationales en faveur de la SSR, des conditions légales de l’avortement et de la lutte contre les Violences Sexuelles Basées sur le Genre au Burkina Faso.
  • Capitaliser/documenter et vulgariser les bonnes pratiques, les leçons apprises et autres formes de recherches en matière de SSR
  • Contribuer à l’effectivité de l’accès à la santé sexuelle et reproductive des jeunes et des adolescents.

 

  1. RAPPEL DE L’OBJECTIF GENERAL DE L’ATELIER

L’objectif général de cet atelier de formation sur « comment réduire la stigmatisation face aux cas d’avortements » est de renforcer les capacités des membres de la CAPSSR-BF  en vue de lutter contre les stigmatisations  que subissent  les personnes ayant effectué des avortements.

 

  1. RAPPEL DES OBJECTIFS SPECIFIQUES DE L’ATELIER

Les objectifs spécifiques visés par l’atelier sont :

  • De définir les différents types de stigmatisations dont les femmes et les jeunes filles font face en cas d’avortement ;
  • D’analyser les causes et les conséquences  du phénomène de stigmatisation de l’avortement ;
  • De prendre des mesures adéquates pour dénoncer les conséquences de cette stigmatisation ;
  • Identifier les initiatives mise en place s’il en existe pour réduire la stigmatisation faites aux personnes ayant avortées ;
  • De mettre en place une stratégie pour contribuer à une réduction considérable de la stigmatisation de l’avortement.

 

  1. DEROULEMENT DE L’ATELIER

Les travaux se sont déroulés sur trois (3) jours c’est-à-dire du 09 au 11Novembre 2016. Le discours d’ouverture a été prononcé par la coordonnatrice de la CAPSSR-BF. Dans son allocution, Mlle YANOGO Awa  a rappelé l’intérêt du thème qui sera traité. Aussi elle a signalé que cette formation est la deuxième après celle des champions et championnes de la communauté sur la même thématique. Et pour conclure, elle a remercié les participants pour leur présence effective.

Prenant la parole, la formatrice Madame TRAORE/OUEDRAOGO Somkinda, a remercié également les participants pour leur présence avant de décliner la méthode de travail  pour amendements. Ainsi,  la méthode retenue est de travailler en trois séances plénières encadrées par des travaux en commissions conformément à la méthodologie proposée par la formatrice.

 

  • De la première séance plénière :

La première séance plénière était consacrée à la présentationdes grandes thématiques sur la stigmatisation par les exposés sur :

  • Le thème1 : Rappel des concepts et de clarification des termes.
  • Le thème 2 : Problématique et état de lieux de l’avortement au Burkina Faso

Ces exposes ont conduits aux premiers travaux en commissions.

  • Des premiers travaux en commissions

A ce niveau les participants se sont mis en trois groupes pour traiter le premier exercice qui était consacrée à l’identification des causes et des conséquences des stigmatisations face aux cas d’avortements.

Ces travaux en commissions des travaux mis fin à la première journée de l’atelier.

 

  • De la deuxième séance plénière

Le deuxième jour de l’atelier a débuté avec la seconde plénière qui a consisté d’une part à la restitution de l’exercice 1 qui est l’identification des causes et des conséquences des stigmatisations face aux cas d’avortements.

Les principales causes de la stigmatisation face à l’avortement identifiées par les différents groupes sont:

  • Causes socio culturelle et religieuses: La religion, les coutumes, la famille ou la communauté.
  • Causes liées à l’ignorance: Les préjugés, la désinformation et les rumeurs.
  • Causes liées à la législation: Incrimination de l’ivg par la loi.

 

Ces causes engendrent de nombreuses conséquences sur la santé de la femme que sont entre autres :

  • Conséquences médicales: la dépression, les troubles psychologiques et psychiques, l’auto stigmatisation ;
  • Conséquences sociales: l’abandon scolaire, le divorce, le rejet familial, communautaire et religieux, l’exil, la rébellion, la prostitution, le bannissement, la mauvaise réputation de la famille, l’isolement et les représailles ;
  • la mort;
  • le suicide ou les violences physiques.

 

La seconde plénière a aussi consisté à la présentation de l’expose sur les thèmes suivants :

Thème 3 : Clarification des valeurs.

Thème 4 : initiatives existantes de lutte contre la stigmatisation (analyse du cadre juridique de l’avortement et examen des initiatives existantes sur le terrain).

  • Des seconds travaux en commissions

La  journée de travail du 10 novembre a pris fin avec les travaux en commission des participants pour traiter l’exercice 2 qui consistait pour chaque groupe de traiter des thèmes spécifiques afin de proposer d’un document de stratégies. Les participants ont formes à ce niveau quatre groupes de travail qui devaient chacun traité les thèmes suivants :

  • Groupe 1:renforcer et vulgariser l’arsenal juridique
  • Groupe 2:trouver de nouvelles stratégies d’approche de sensibilisation et éducation en matière des sr
  • groupe 3:renforcer les capacités des acteurs ou parties intéressés
  • Groupe 4: recherche des partenariats

La troisième journée de travail a débuté avec la suite des travaux des participants en commission. Cette journée a pris fin avec la restitution des résultats de l’Exercice 2.

 

  • De la troisième séance plénière 

De ces travaux, plusieurs constats ont été relevés par les participants :

  • la loi nationale est assez restrictive et pas assez claire en matière d’avortement au Burkina Faso ;
  • la méconnaissance des textes déjà existants par les acteurs du domaine et les populations ;
  • l’insuffisance de formation des acteurs à la base ;
  • la vulgarisation des fausses rumeurs ;
  • la stigmatisation des jeunes filles face a l’adoption des méthodes contraceptives ;
  • l’insuffisance de la synergie d’approche entre les structures qui intervient en matière de SSR ;
  • l’insuffisance des moyens technique et financier ;
  • la non prise en charge psychologique de la victime ;
  • les difficultés d’accès aux financements des activités de la CAPSSR.

Au regard de ces constats, les participants ont formulé des recommandations et les suggestions à prendre en compte dans la formulation du document de la stratégie de la CAPSSR :

 

  • adopter la définition de la santé telle qu’elle est adoptée par l’OMS : « La santé est un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité. » ;
  • Mener un plaidoyer pour la modification de la loi pour l’adapter au contexte actuel ;
  • renforcer les capacités des agents de santé.
  • intensifier les actions de sensibilisation envers l’ensemble des couches sociales afin de réduire la stigmatisation vis-à-vis de celles qui ont recours à l’avortement
  • mener la sensibilisation auprès des autorités (ministres, députés et autres autorités politiques et les praticiens du droit) afin de faire évoluer les mentalités.
  • Renforcer les plaidoyers auprès des leaders communautaires et religieux sur la SSR en particulier l’avortement sécurisé
  • Capitaliser les acquis existants ;
  • Nouer des partenariats auprès des partenaires techniques et financiers ;

 

A la fin de l’atelier de formation, une dizaine de minutes a été consacré à la remise du prix du lauréat du concours de logo et de slogan que la CAPSSR-BF avait lancé dans l’optique de se procurer un logo et un slogan qui sera joint en annexe. Monsieur SINKONDO, président du jury a expliqué à l’assistance le contexte dans lequel ce concours a été initié avant de demander à Madame TRAORE/OUEDRAOGO Somkinda, en sa qualité d’ex-président de l’AFJ-BF et membre de la CAPSSR-BF à remettre le prix « symbolique » a Mr KONFFE qui est désormais champions de la CAPSSR-BF.

 

  1. RECOMMANDATIONS ET SUGGESTIONS

A l’issue de cet atelier, les recommandations et suggestions suivantes ont été formulées :

  • intensifier les actions de sensibilisation et renforcement de capacités comme ce type d’atelier enrichissant
  • organiser des ateliers spécifiques sur la clarification des valeurs en vue de permettre une meilleure assimilation et une meilleure appropriation des stratégies de lutte contre les stigmatisations ;
  • former les membres de la CAPSSR-BF sur les thématiques liées à la protection sociale et à l’affiliation ;
  • Préconise la relecture de la loi portant Sante de la Reproduction.

 

  1. CONCLUSION

La formation s’est déroulée dans une ambiance conviviale avec une forte implication et une pleine participation des participants.

Selon les résultats du questionnaire d’évaluation de la formation, trois (03) participants sur un quatre (04)  des participants disent être très satisfaits de la prestation de la  formatrice  pour la qualité des prestations, l’esprit de partage d’expériences et les informations données qui permettent de mieux comprendre l’ampleur de la stigmatisation de la femme burkinabé face à l’avortement. Ils ont également apprécié les stratégies proposées en vue de lutter contre cette stigmatisation. Ils ont moins apprécié la durée de la formation qu’elle trouve très courte pour une meilleure assimilation de tout le contenu de la formation.

Quant à la formatrice, elle a loué la participation l’assiduité et l’intérêt que les membres de la CAPSSR-BF ont fait montre,  démontrant ainsi leur volonté et leur engagement dans la lutte pour une meilleure promotion de la santé sexuelle et reproduction au Burkina Faso. Elle  a alors rappelé le rôle moteur que chacun selon son profil doit  occuper et exhorté les participants à s’investir pleinement afin de relever les défis futurs.

 

Le rapporteur général de l’atelier

Awa YANOGO

Coordonnatrice de la CAPSSR-B

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